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Tenter de percevoir les sensibilités nouvelles du public, ses attentes, se renouveler : le LAB est une nouvelle offre du musée de la Création Franche, dès février 2016.

Ceci n’est pas une révolution. C’est une évolution. Dans les rêves les plus déraisonnables, elle aura pour effet que, qui que l’on soit, quel que soit son âge, sa condition, on se rende au musée comme l’on va au concert ou au cinéma. Sans prévention, sans autocensure, sans autre frein que celui du choix à faire dans un programme donné. Le pari est osé tant le poids du conformisme a rejeté le musée hors du champ des loisirs populaires, qui n’ont pourtant de populaire que l’importance et l’éventail sociologique du public, mais assurément plus les tarifs : 10€ en moyenne un ticket de cinéma, 15 € une place au théâtre, 30€ un billet de concert ; en comparaison, il faut compter environ 7€ pour une entrée au musée. A Bègles, l’entrée est libre. D’aucuns objecteront qu’une visite au musée est autre car elle pose une exigence particulière, dont on peut observer dans les faits que le cinéma ou le spectacle vivant en dispense. « Quand un tableau dit quelque chose, si on ne possède pas l’écrit pour comprendre ce qui est dit dans le tableau et qu’on reste à la simple jouissance visuelle de couleurs étalées sur une toile, on est aussi dans l’ordre de l’imposture. De ce point de vue, la totale ignorance du public pour ce qui est dit dans les tableaux… pour cette longue histoire spirituelle, religieuse, intellectuelle qui s’écrit dans le monde des formes est dramatique « affirme Jean Clair, honorable académicien au CV long comme un jour sans pain. Et bien non ! Ne lui en déplaise, il faut s’autoriser à appréhender une visite au musée comme un loisir, une parenthèse de détente, une évasion hors du réel, une simple expérience sensible. Il faut battre en brèche cette idée reçue de la nécessité d’un savoir préalable, portée par l’institution, relayée par ses zélateurs, qui reprennent en chœur cette injonction, comme un mantra, stoppant net celles et ceux prêts à faire le pas. Venir au musée ne saurait être seulement un pensum, mobilisant un quelconque prérequis nécessaire et indispensable pour s’autoriser à en pousser la porte. Mais y venir sans bagage n’est pas non plus une injonction ; simplement la possibilité donnée au plus grand nombre d’emprunter un autre itinéraire, de prendre une autre entrée.

Le Lab, un rendez-vous en trois temps

Le Lab prétend servir cette intention. Lancé en février de cette année, il suivra le rythme bimestriel des expositions au programme du musée de la Création Franche. Dans la forme, le Lab ambitionne de montrer combien la vie quotidienne d’un auteur, soit-il Franc ou Brut, en rupture plus ou moins marquée avec le monde, pénètre son travail ; en quoi celui-ci témoigne d’une histoire personnelle immergée dans un environnement donné, dans un temps donné, ses mœurs, ses usages, son rythme, et toutes les porosités induites entre le créateur et ce avec quoi, ceux avec qui, à sa manière, il fait société. Il s’agira d’un rendez-vous en trois temps : le temps d’une exposition, qui pourra prendre diverses formes, thématique, rétrospective, carte blanche… ; le temps du partage sous forme de rencontre, spectacle vivant, projection, causerie…en lien avec l’exposition ; le temps de l’ouverture, parole donnée à un partenaire, économique, social, culturel…

Le Lab s’emploiera à montrer en quoi et comment l’art brut et ses apparentés entrent en résonance avec une époque, avec notre époque, autrement que par la trivialité de la spéculation naissante sur le marché de l’art, mais dans la simplicité de « l’homme du commun à l’ouvrage » auquel Jean Dubuffet s’est intéressé.